L’atelier budgétaire

L’atelier budgétaire

Muriel Varas, fondatrice et salariée de l’association “Atelier Budgétaire Pays Basque”. Ici, en compagnie du Président de l’Association “Atelier Budgétaire Pays Basque”, Bernard Causse.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Muriel Varas. Je suis salariée fondatrice de l’Association « Atelier Budgétaire Pays Basque » et cofondatrice de l’Association « Atelier Budgétaire Gironde ».

J’ai travaillé pendant 20 ans dans une société financière où je développais des actions d’accompagnement budgétaire des clients fragiles et des salariés qui étaient en difficulté financière.
Ça consistait à accompagner ces personnes dans le cadre de leurs difficultés financières spécifiques et de trouver avec elles des solutions, de mieux comprendre l’origine de leurs difficultés, de pouvoir les accompagner dans un cadre de résolution de leurs problématiques financières, mais aussi dans un cadre plus éducatif, grâce à de l’information précise sur le système bancaire, les crédits, et également tout ce qui concerne le budget, l’organisation d’un budget, pourquoi construire un budget, comment le suivre, comment l’ajuster et faire en sorte que cela puisse nous aider au quotidien dans le cadre de nos projets à réaliser et/ou de changement de situation, notamment, lorsqu’il y a des baisses de ressources, par exemple.

Pourquoi avoir choisi ce régime pour continuer l'activité que vous faisiez dans un statut privé auparavant ?

surendettementParce que j’ai des convictions et des valeurs, qui pendant mes années professionnelles dans le privé, ont vu de plus en plus le jour, et je me suis dit, lorsque j’ai eu cette occasion de venir ici au Pays Basque, qu’il y avait quelque chose à faire qui n’existait pas sur le territoire aujourd’hui, sur une structure qui permettrait de venir compléter les actions des travailleurs sociaux et de pouvoir répondre en préventif. Parce que c’est surtout ça, en fait, qui est important, c’est de pouvoir faire en sorte, par le biais d’actions préventives de faire diminuer les dégradations de certaines situations familiales qui se retrouvent à ne plus pouvoir boucler leur budget et pour certains, qui en arrivent même à déposer des dossiers de surendettement.
Donc l’idée c’était de se dire, comment pouvoir traiter des situations financières qui se dégradent et aider ces personnes, bien en amont.

Comment procédez-vous concrètement ?

Alors, il y a plusieurs formes possibles, ça peut être des actions menées sous forme collectives comme des ateliers d’informations. Les ateliers qui peuvent être intéressants à développer, sont par exemple, les ateliers qui vont être liés au rapport à l’argent, dans un premier temps. Parce que j’ai pu constater lors des études que j’ai pu mener sur les profils des personnes que j’accompagnais, qu’en effet, il y a encore énormément de tabou en France sur l’argent, et que souvent en fait, les comportements que l’on peut mettre chacun d’entre nous vis à vis de l’argent ou de notre situation financière dans notre quotidien, ou pour répondre à des changements ou à des événements qui sont plus ou moins heureux, vont faire que ça va derrière avoir des conséquences sur notre budget. Et quelque fois sur notre vie professionnelle et familiale.

Pourquoi l'associatif ?

Parce que je me suis intéressé à l’ESS, et que le but n’étant pas de faire du profit par le biais de ces actions là, mais vraiment être dans un cadre de solidarité et de partage, je me suis dit : « tu as une expérience, il y a des gens qui pourraient en profiter, bien plus, peut-être que ceux qui en ont profité quand tu étais dans ton entreprise précédente, et voilà ». C’est l’objectif. Finalement, que tout un chacun, que ce soit des personnes qui soient bénéficiaires du RSA, des profils jeunes, seniors, des salariés, finalement, on se rend compte aujourd’hui qu’on peut avoir des budgets qui sont restreints, que ça peut être compliqué de trouver des solutions et de les réorganiser. On ne sait pas toujours faire les bons choix. Donc, je me suis dit que ça pourrait aider un grand et un large public, en fait.

L’associatif était du coup pour moi, le meilleur moyen et le plus adapté, aujourd’hui.

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Pourquoi vous être installée ici, au Pays Basque ?

J’ai suivi ma famille ici, du coup, je me suis projetée sur ma réinsertion professionnelle aussi, et donc je suis un exemple de réinsertion professionnelle par le biais de l’ESS. Ça a été pour moi la découverte du territoire dans un premier temps, de savoir ce qui existait ici, ce qui se faisait sur ce schéma d’accompagnement budgétaire sur l’aspect financier. Quand j’ai mieux compris comment était organisé le territoire, quels étaient les acteurs, j’ai pu chercher un conseil d’administration, j’ai présenté mon projet, et finalement, ce projet a vu le jour.

Aujourd’hui, comme j’étais moi aussi, en recherche d’emploi, grâce à l’association Atelier Budgétaire, nous avons pu créer un premier poste salarié, qui est aujourd’hui le mien.

Quel est le projet le plus intéressant sur lequel vous avez travaillé et pourquoi ?

Il y a un grand nombre de projets puisque ça touche l’humain, donc c’est très riche dans les échanges. Par exemple, le cas d’un jeune homme qui est salarié dans une entreprise en CDI, en France depuis 4 ans, qui a un revenu plutôt dans les bas salaires, et pour les charges entre le loyer, les impôts, toutes les charges fixes, il restait un reste à vivre relativement réduit.

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J’ai travaillé avec cette personne qui m’a été orientée par une association. D’abord, pour mieux comprendre sa situation. Il y avait les ressources et les charges qui pouvaient expliquer la situation de difficulté. Quand je l’ai récupéré, il avait un découvert bancaire qui était quasiment égal à ses ressources, et il commençait à avoir des rejets de prélèvements dans ses charges fixes, donc, l’objectif pour lui était de sortir de cette situation, le plus rapidement possible, parce que cela faisait des mois qu’il était dans ce fonctionnement là, et qu’il ne trouvait aucune solution, ni au niveau de sa banque, ni dans ses fonctionnements puisque les solutions qui avaient été trouvé, étaient d’augmenter le découvert régulièrement.
Donc, on a pris la situation de manière différente. On s’est dit, jusqu’à présent, les solutions qui ont été trouvé, n’ont pas fonctionné, donc, la situation financière aujourd’hui, on constate des retards, comment faire pour régulariser ces retards, comment faire pour combler votre découvert, et comment faire surtout pour arriver à votre objectif qui est de ne plus vivre cette situation et d’être dans une position financière qui vous permette de boucler votre projet au quotidien, et de pouvoir prévoir, peut-être, de nouveaux projets dans ce budget là, chose qu’il ne pouvait plus faire.

On a travaillé ensemble sur l’aspect financier, mais aussi beaucoup sur l’aspect comportemental, c’est à dire, qu’on a évalué ensemble par le biais de la découverte de sa consommation actuelle, de ses habitudes de gestion, ce qui pouvait être amélioré ou modifié, pour que dans la solution, ça vienne compléter les solutions financières que l’on avait trouvé. Donc, on a trouvé des solutions, on s’est rapproché de sa banque, et là, j’ai agi en médiation, je l’ai accompagné dans ses rendez-vous, on a préparé les rendez-vous pour donner des éléments très factuels en leur proposant de nous suivre dans des solutions financières, notamment par rapport à son découvert. Et faire en sorte, que la banque renoue une relation normale avec ce client là, et que lui aussi, renoue cette relation là, puisqu’il était arrivé dans un système où il avait peur d’affronter en fait, son banquier. Sauf que lorsqu’on est dans un cadre de difficultés financières, il faut affronter ses difficultés, parce que c’est en discutant avec les organismes concernés, créanciers ou autres, que l’on va trouver des solutions.

La première étape, c’était de surpasser ces freins-là, et comment j’allais pouvoir revenir vers mon banquier pour lui demander une solution, qu’il m’avait refusé ces derniers temps parce que la situation s’était dégradée.
Dans ce cadre là, nous avons préparé les éléments, ce qui a permis, de résoudre l’aspect découvert bancaire. La banque a accepté de nous suivre dans la solution qui était proposée, et pour eux, c’était d’ailleurs, une garantie d’avoir ce travail qui était entamé avec l’Atelier budgétaire, parce que la personne s’était engagée à modifier certaines actions vis à vis de l’argent qu’elle pouvait avoir aujourd’hui.

Et ensuite, une fois que nous avions résolu les problématiques d’impayés, de découvert, nous avons travaillé plus spécifiquement sur la partie gestion du budget familial, chose que ce monsieur, n’avait pas l’habitude de faire, et qu’il n’avait jamais fait. La première étape a été de construire le budget, de comprendre ce qui était essentiel d’y mettre en priorité, et par la suite de se dire, finalement, de quoi j’ai envie, comment j’ai envie de voir mon budget, et d’insérer les priorités de vie de la personne en même temps, et de consommation, de comprendre quel consommateur il était, et donc, tout ça pour finir sur une situation qui est depuis 8 mois à l’équilibre, avec une personne qui a pu réaliser de petits projets, notamment, faire les soldes cet été pour la première fois, alors que depuis 4 ans, c’est quelque chose qu’il n’arrivait pas à faire, de ne plus être à découvert, de pouvoir payer un petit cadeau à son fils, des petites choses, des solutions sur des réparations de sa voiture à moindre coût…

Allez chercher des solutions qui permettent dans un budget de conserver la sécurité, l’équilibre et à la fois, pour mieux se connaître personnellement pour savoir comment j’agis dans cette société de consommation qui me stimule sans arrêt, et finalement, comment je préserve ma sécurité financière pour pouvoir continuer à vivre, et à réaliser, à être bien dans mes baskets au niveau argent.

Pourquoi communiquer sur un WEB MAGAZINE sur l’économie locale et durable, vous paraît-il important ? Qu’est-ce que ça vous apporte ?

Il me semble que c’est essentiel de communiquer pour l’Atelier Budgétaire sur des sites comme le votre, qui sont une opportunité par rapport aux valeurs que nous portons aussi, d’être en lien avec cette économie sociale et solidaire. L’aspect solidarité, échanges, partages, créer du lien social, passe au travers de nos actions également, et on se retrouve au même titre que d’autres structures à vouloir partager, ces actions là, et à trouver des complémentarités, créer un maillage sur notre territoire qui soit cohérent en fait, et qui servent aux personnes qui vivent sur notre territoire.

Pouvez-vous revenir sur votre rôle pour ne pas succomber à toutes les sollicitations de la consommation et éviter les pièges où peuvent tomber beaucoup de personnes ?

Ce n’est pas naturel, en fait, de se poser la question  « Quel consommateur, je suis ? », « Pourquoi je consomme comme ça ? », « Qu’est ce qui me stimule dans la vie finalement ? », de se poser ce genre de questions.

Dans un cursus scolaire, ce n’est pas le genre de choses que l’on nous apprend à faire au quotidien, et aujourd’hui, on se rend compte que c’est assez difficile, finalement dans beaucoup de familles, de se dire, « finalement, comment j’arrive à équilibrer mes envies, mes besoins et mes possibilités financières ». C’est vrai qu’il y a cette stimulation quotidienne à consommer qui fait partie de notre société actuelle, et on est pas tous égaux, vis à vis de ça.

Le fait de mieux comprendre notre fonctionnement, de le travailler, nous amènera à pouvoir choisir aussi, qu’est ce qui nous paraît essentiel, et bon pour nous. Ce n’est pas obligatoirement, je vais cesser d’aller faire mes courses dans une grande surface, mais c’est se dire peut-être, j’ai peut-être moyen de trouver d’autres canaux de consommation qui me correspondent peut-être mieux, peut-être que la grande surface est intéressante pour moi, pour certains achats pour la maison, et j’ai plutôt envie de travailler en local quand je vais acheter ma viande ou des légumes, du fromage, … j’ai envie de faire fonctionner de petites entreprises qui aujourd’hui, plutôt que de créer, réparent, sont dans l’échange et correspondent plus à mes valeurs… Donc, c’est en fait, impliquer tout un tas de choses, c’est à dire « comment je peux faire des économies, en découvrant d’autres systèmes de consommation que ceux qui sont connus aujourd’hui » et tout ça pour pouvoir le faire, il faut s’arrêter un jour et puis réfléchir.

L’Atelier Budgétaire peut amener aussi à ces moments où on se pose et où, on peut échanger et se dire, « voilà, aujourd’hui, j’ai envie de parler de mon rapport à l’argent », comment je fonctionne, est-ce que j’ai envie de continuer… tout en laissant la liberté à chacun de ses propres choix.
Mais au moins, de mieux identifier, ce qui peut être amélioré dans notre quotidien, en connaissance de causes en fait.

Avez vous quelque chose à demander ou à proposer à nos lecteurs ? Ils auront vos coordonnées sur cette page pour entrer en contact directement.

La taille de notre association ne nous permet pas, pour l’instant, de répondre individuellement aux demandes directes de vos lecteurs. Toutefois, l’Atelier Budgétaire souhaite sur cette année 2016, organiser des temps d’échanges collectifs sur des sujets comme le « rapport à l’argent, la consommation, le budget familial, la réalisation de projets, l’adaptation à des changements ….». Temps d’échanges qui seront ouverts à tous, et qui seront annoncés sur le site internet. Venez nous rencontrer lors de ces moments.

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