Txirrind’Ola, l’atelier vélo participatif

Txirrind’Ola, l’atelier vélo participatif

Pascal Ballatore, cofondateur de l’Atelier Vélo Txirrind’ola

Pouvez vous vous présenter ?

Je suis Pascal Ballatore, cofondateur avec Eric Lecoutre de l’association Atelier Vélo Txirrind’Ola. J’en ai été le président jusqu’à la dernière Assemblée Générale.

En quoi consiste votre activité et pouvez-vous nous raconter le formidable développement de votre association ?

Txirr-IMG_5428L’association Atelier Vélo Txirrind’ola, c’est un nom un peu long pour avoir en fait les deux dénominations françaises et basques. Txirrind’ola, si on veut avoir une traduction rapide, c’est une contraction Txirrindula, le vélo, et ola, qui est le local, l’atelier.

Txirr-IMG_5455L’association est née fin 2011, avec deux motivés, Eric et moi-même. Nous voulions absolument créer une association de ce type par rapport à des constats inscrits dans la problématique large de la pratique du vélo, de la réduction des déchets à la source. Ce qui nous écoeure tous les deux, c’est de retrouver dans les déchetteries des tas de vélos qui ne demandaient pas grand-chose pour être remis en service. Nous croyons aussi que le vélo est un moyen de déplacement notamment, urbain, ou péri-urbain, qui devrait se développer et être beaucoup plus présent qu’il n’est à l’heure actuelle.

Enfin, nous avions une réflexion autour de la mobilité, des constats sur la pollution atmosphérique, notamment localement, due en grande partie aux transports, et autour des moyens de faciliter l’usage du vélo, notamment, d’avoir un lieu où les gens peuvent venir réparer leur vélo, apprendre à le faire lorsqu’ils ne le savent pas, pour éviter que leur vélo restedans leur garage, ne serait-ce que parce qu’il n’a simplement qu’une crevaison ou une chaîne qui saute…

Donc, on a créé cette association fin 2011. On s’est vite retrouvé une petite équipe d’une dizaine de personnes mi 2012. Nous nous sommes aussi inspirés des ateliers vélos participatifs qui existent dans d’autres coins en France. Les premiers ont été créé il y a 20 ans sur Lyon et Grenoble. Nous ne sommes pas les pionniers en la matière, mais localement oui.

Txirr-IMG_5447Nous avons été victimes de notre succès parce qu’on pensait pas que ça allait prendre autant d’ampleur aussi vite.

Sur les 6 premiers mois, on s’est retrouvé avec une cinquantaine d’adhérents qui nous soutenaient. On a fait des ateliers ambulants pendant cette période-là pour présenter l’association, faire des ateliers de réparation sur les marchés ou sur les événements particuliers comme le Marché équitable. Vu notre succès, on a fait le pari en juin 2012 d’ouvrir un local qu’on payait avec les adhésions et les ventes de vélos, pour avoir plus de visibilité, un lieu où les gens peuvent se retrouver, apprendre à réparer, voir les vélos d’occasion, les pièces d’occasion…

Nous avons organisé des animations comme les vélorutions, balades à vélos, et d’autres d’apprentissage de la mécanique basique. En 2012, notre tout petit local, rue Sainte Catherine dans le quartier Saint Esprit à Bayonne, s’est vite retrouvé débordé par à la fois, l’affluence lors des ouvertures avec les bénévoles, et beaucoup de vélos à stocker ; c’est pourquoi on a loué un deuxième local en 2013, pour les réparations et le stockage des vélos.

L’activité fonctionnant très bien, en mars 2013, on a embauché notre premier salarié. Au départ nous étions ouverts 3, 4 demi journées par semaine, le week end avec les bénévoles, le mercredi ou selon les créneaux des bénévoles. Avec le salarié, l’activité a continuellement progressé. On s’est retrouvé avec plus de 200 adhérents fin 2013. Les animations et les sollicitations ont augmenté également. Or, avec un local de 40 m2, on ne pouvait pas faire grand-chose. On a mis ça en avant régulièrement en contactant les élus, en suivant des aides comme l’accompagnement des associations comme le DLA, avec le conseil départemental, en faisant un point sur nos activités, avec les données que nous avons au niveau du Réseau Heureux Cyclage. Il s’agit d’un réseau qui regroupe un certain nombre d’ateliers vélos participatifs à travers la France Le nombre de nouveaux ateliers qui ouvrent montre qu’il y a un besoin et une demande.

Du coup, on a réussi à force de discussions, de montrer que notre association avait toute sa place dans l’agglomération, et donc, nous avons obtenu un local beaucoup plus grand où nous sommes actuellement. Ce local est prêté à titre gracieux en convention avec l’agglomération en échange d’autres services qu’on met en place avec eux.

Txirr-IMG_5445Ce local, situé sur les Allées Marines à Bayonne, a ouvert fin novembre 2014, et depuis, l’activité n’a pas cessé d’augmenter. Notamment parce que ce local est plus grand, plus spacieux, plus sympathique grâce au travail des bénévoles pour l’aménagement pratique et artistique. Le local est désormais ouvert tous les après midi de la semaine avec Olivier, notre salarié. Et nous avons embauché une autre personne, Sophie, en juillet 2014, en contrat aidé.

Nous avons dans l’optique d’embaucher une 3e personne pour coordonner le tout, et essayer de répondre aux demandes de partenariats avec des écoles ou des privés : Développer une vélo école, et être plus présent dans des réunions et des discussions avec l’agglomération, les collectivités, mairies… sur la pratique du vélo au quotidien..

Sous quel statut exercez-vous votre activité ?

C’est une association Loi 1901 classique, et nous sommes sur la réflexion cette année pour la passer en collégiale, avec un bureau et un comité de direction collégial. Chacun a son activité, même s’il y a des représentants pour parler avec les collectivités, ou la presse, mais on travaille en collectif, et ça se passe plutôt pas mal.

Notre bureau est composé de 6 personnes, et le comité de direction de 12 personnes.

Qui sont les adhérents de l'association ?

Parmi nos adhérents, 90 % viennent de l’agglomération, dont 50 % de Bayonne. Donc, la proximité est importante, les gens trouvent intéressant de venir à vélo, c’est quand même plus simple.  C’est pour ça que dans la réflexion de l’agglomération sur l’intégration de l’Atelier vélo dans une ressourcerie recyclerie, ça nous pose question, parce que nous on préférerait qu’il y ait plein de petits ateliers vélos participatifs sur différentes villes et à proximité des centre villes.

Txirr-IMG_5429Nous sommes nous passés de 200 adhérents en 2012 à 1 200 à l’heure actuelle, c’est une grosse évolution, et nous arriverons sans doute à une taille critique qu’on ne pourra pas dépasser pour ne pas être débordé nous non plus.

Nous avons vendu plus de 550 vélos en 2015. Nous sommes aujourd’hui ouverts tous les jours, du lundi au vendredi pour les salariés, et le week-end, samedi & dimanche grâce aux bénévoles.

La moitié des adhérents viennent pour acheter un vélo d’occasion. Un de nos buts est de récupérer le maximum de vélos et les remettre en état, pour qu’ils repartent pour avoir une 2e, 3e, 4e vie,… L’autre moitié adhèrent pour acheter des pièces d’occasion, réparer leurs vélos, pour apprendre à le faire. Olivier est essentiellement là pour apprendre à faire. Le but, c’est que les gens soient vélonomes dans leurs réparations au quotidien, qu’ils puissent réparer eux-mêmes leur vélo.

Quelles sont les différentes missions de l'Atelier vélo ?

Les missions sont donc, d’ouvrir notre atelier participatif à tous nos adhérents. Nous organisons par exemple des animations sympathiques comme les apéro démontages remontages, une fois par mois, qui sont des moments ludiques et pratiques, pour démonter ou remonter des vélos et augmenter notre stock de vélos disponibles.

Nous récupérons les vélos, à moitié avec la déchetterie du Pont de l’Aveugle d’Anglet, grâce à une convention avec l’agglomération, à moitié avec les particuliers qui nous amènent leurs vélos.

En démontant les vélos à l’atelier, nous avons un lot de pièces d’occasion pour nos adhérents et donc, à petit prix. C’est aussi l’occasion de trouver des pièces que certaines personnes cherchent depuis des années sans pouvoir les trouver chez les cyclistes traditionnels parce qu’ils ne proposent que du neuf et récent.

Txirr-IMG_5437Ce matériel nous permet aussi de fabriquer des vélos plus originaux. Par exemple, les Tall Bike, un vélo très visible parce qu’il est très grand. On pourrait faire plus de remorques. On a fait des racks à vélo.
Une des autres missions, conventionné maintenant, c’est le prêt de vélo longue durée, réservé aux étudiants. On envisage de le mettre en place pour les chômeurs.

Il s’agit d’ un prêt gratuit, sous réserve de donner une caution du prix du vélo, pour avoir le vélo tout au long de l’année et de le ramener à la fin de l’année scolaire pour récupérer la caution Si de petites réparations s’imposent, l’étudiant peut les réaliser à l’Atelier. L’important c’est de responsabiliser les gens à leur utilisation du vélo.

On fait aussi quelque chose d’important, c’est l’échange de vélos enfants. On récupère beaucoup de vélos enfants en déchetterie, parce qu’en général, les parents achètent un vélo. Les enfants en font 2, 3 fois, et après ils grandissent ou cela ne les intéressent plus, etles familles qui ne veulent pas s’encombrer avec ces vélos, les jettent. Le principe de notre échange, c’est de venir nous voir avec ce vélo, et de l’échanger contre un vélo plus grand jusqu’à la limite d’une taille de vélo 20 pouces, juste en dessous de l’adulte.Nous en donnons également à nos partenaires comme aux Métiers du Coeur, et on échange aussi des VTT contre des vélos de ville avec Emmaus.

Dans le nouveau local, on organise aussi des conférences comme une sur le voyage à vélo, expositions photos…

On a remarqué aussi que cet été, on a eu régulièrement du passage de voyageurs à vélo, comme on est sur le tracé de la Vélodyssée. On nous demande aussi si on loue des vélos. On ne fait pas parce qu’il y a déjà les vélos oranges, et c’est compliqué à gérer, il faut être là régulièrement et ce n’est pas le but principal de l’association.

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D’autres animations avec des scolaires, ou un foyer de jeunes travailleurs, pour de mini ateliers de réparations à vélo, pour leur montrer des choses basiques en s’adaptant selon les âges.

D’autres sorties à vélo, balades, vélorutions, partenariats avec d’autres associations pour faire la promotion du vélo, et discuter sur la place du vélo sur l’agglomération.

Quel est le projet le plus intéressant sur lequel vous travaillez actuellement ? Pouvez-vous nous en parler ?

Nous aimerions démarrer aussi une vélo école avec un partenariat du Conseil Départemental pour un financement et du matériel pour mettre en place cette nouvelle activité. A terme devenir école formatrice pour proposer à des adultes parce qu’on s’aperçoit que des gens n’osent pas faire du vélo parce qu’ils ont peur, ils ne se rappellent plus trop, ou qu’ils n’ont jamais appris à faire du vélo. Nous allons faire plusieurs modules de vélo école, du plus basique, un autre sur comment s’insérer dans la circulation, la signalétique vélo qui se développe un peu…

C’est un gros projet pour montrer que faire du vélo, c’est pas si compliqué que ça. Il y a beaucoup d’appréhension sur la sécurité, plus que sur la météo.

Pour moi, idéalement il faudrait que chaque automobiliste utilise tous les modes de déplacement pour se rendre compte de qu’est ce que c’est d’être un piéton, un cycliste, un usager du bus… pour voir les difficultés, et que chacun a le droit de partager la route. Les 3/4 des automobilistes qui râlent contre les cyclistes n’ont jamais fait de vélo, et ils devraient plus se mettre à leur place.

Txirr-IMG_5432Un autre projet est en cours, pour lutter contre le vol. Nous aimerions acheter une machine à graver des vélos, pour avoir un bicycode, un code gravé sur le cadre du vélo, avec une inscription sur un fichier à la disposition de la police nationale, pour retrouver plus facilement un vélo volé.

Ce projet sera mis en place cette année avec le financement du Conseil Départemental et transfrontalier, pour essayer d’échanger également avec des ateliers de l’autre côté.

Quels conseils pratiques donneriez-vous à celles et ceux qui voudraient se lancer dans un atelier vélo comme vous ?

Les conseils, d’abord être motivé en numéro 1, se lancer à 2, 3 parce que tout seul c’est très compliqué. Faire jouer à fond son réseau. Nous avions chacun des relations, chacun dans notre domaine, et ça nous a aidé pour être plus facilement écouté par les collectivités et les acteurs locaux. Ne pas avoir peur d’en parler et de communiquer autour de ce projet, parce que la presse est, en général, intéressée par ces infos, parce que ça correspond à un besoin, une envie de beaucoup de gens…

Il faut au moins un expert en mécanique dans l'équipe non ?

Expert en mécanique, je ne pense pas, parce qu’il faut être un bon bricoleur qui connaisse un minimum de choses. Eric maîtrise plus que moi, mais il n’est pas mécanicien de formation. Les réparations les plus classiques qu’on trouve ici, à l’atelier, ne demandent pas non plus des compétences extrêmes. Nous, on a eu la chance d’avoir Olivier qui s’est greffé rapidement à l’association, et lui, il est mécanicien de formation, spécialisé en cycle, et passionné de vélo.

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On a eu plusieurs personnes qui ont des projets similaires comme à Tarnos, à Mont de Marsan, à Mauléon, à Hendaye…

Est ce que Txirrind'ola n'aurait pas un rôle dans cet essaimage ?

Oui, on a proposé à certains de venir chercher des pièces, des conseils, des adresses de fournisseurs de matériel, monter des animations en commun pour les aider à démarrer…

Pourquoi communiquer sur le WEB MAGAZINE Lekuko sur l’économie locale et Durable, vous paraît important ? Qu’est-ce que ça vous apporte ?

L’économie locale, nous sommes en plein dedans, notamment l’économie circulaire qui correspond bien à la roue de vélo, même si on oublie parfois d’aller au bout de la chose, en disant d’où viennent les matières premières, dont les ¾ des vélos, maintenant, viennent d’Asie.

Txirr-IMG_5435L’économie circulaire crée de l’activité sur place, on a notre matière première dans les déchetteries ou chez les particuliers au niveau local, on travaille ici, on essaye de jouer la proximité avec un moyen de déplacement qui ne permet pas d’aller à des kilomètres, et qui ne pollue pas. L’aspect développement de la pratique du vélo, évidemment, est important, quand on sait que 2 % des gens se déplacent à vélo chez nous, on se dit qu’on a moyen d’améliorer ce chiffre, et c’est possible que depuis que l’Atelier est présent, ce chiffre est en augmentation. Malheureusement, il y a encore très peu d’endroits pour garer des vélos, mais on a nous a répondu qu’on pouvait utiliser le mobilier urbain. J’espère que nos vélos ne finiront pas à la fourrière.

Dans l’hyper centre, vu la taille des appartements, le nombre d’étage à monter, et le peu de place dans les caves dans les résidences, je pense qu’il serait judicieux de faire des parkings deux roues à développer.
Sans compter que 75% des émissions sont liées au transport dans l’agglo.

On peut aussi rajouter que dans notre association, nous accueillons tout le monde, du plus petit au plus grand, du plus âgé, pas de différence sociale, nous ne sommes pas une peña fermée où il faut montrer la carte pour rentrer, on se moque des nationalités, puisqu’on a des ukrainiens, des néo- zélandais… même si c’est écrit Txirrind’ola, nous n’acceptons pas que les basques :D…

Avez vous quelque chose à demander ou à proposer à nos lecteurs ? Ils auront vos coordonnés sur cette page pour entrer en contact directement.

On peut rajouter que l’on défend l’économie locale également en acceptant l’eusko.  Ce partenariat nous permet aussi, grâce à nos adhérents qui ont choisi de parrainer Txirrind’Ola de bénéficier des 3% des échanges versés aux associations par Euskal Moneta.

Txirr-IMG_5423Dans notre local, on aimerait développer le coin détente avec une bibliothèque bien remplie de magazines et de livres sur le vélo, les voyages à vélo… Petit appel, si des personnes ont des livres de ce genre, nous sommes preneurs…

Quand des familles viennent, le coin détente est sympa pour que les enfants puissent rester quand les parents réparent les vélos. On a un coin café, thé, à prix libre, et une connexion internet.

Nous vous invitons à venir nous rendre visite !

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